Ce que mon parcours du combattant m’a enseigné

Après une première partie de vie dans une certaine forme de normalité (enfance, mariage, naissance de deux enfants et vie tranquille et aisée financièrement), la vie me fait prendre une autre direction à mes 33 ans. En effet, moi, la femme forte sur laquelle pratiquement tout le monde peut s’appuyer, je m’écroule. Le pilier de la maison s’effondre et je suis incapable de me raccrocher aux branches, il n’y en a aucune le long de la paroi.

Je tombe, je tombe, le burn-out total, je ne me reconnais plus.

Le corps manifeste des symptômes que je ne connais pas, moi qui ne suis jamais malade. Pour la première fois, je sombre dans un abîme sans fond au point de me retrouver comme une écorchée vive. Plus de repères, juste un grand vide qui ne finit pas de se creuser et une rencontre, celle d’une femme, sa main tendue jour et nuit pour que je conserve la tête hors de l’eau. Je décide de cheminer avec elle au cours d’une thérapie où tout est passé au peigne fin. Rires, pleurs, angoisses, doutes, colères et deuils s’entrechoquent dans l’aventure intérieure qui s’engage. Je n’ai pas d’autre choix de prendre ce passage pour sortir de la nuit.

Petit à petit, je ressens la première pierre d’un nouveau socle encore fragile mais je persévère parce que je veux m’en sortir. Je me découvre aventurière d’un nouveau monde qui est le mien mais dont je n’avais pas encore poussé la porte et c’est une vraie découverte !

Et à 36 ans, alors que j’ai toujours été femme au foyer à élever deux enfants parce que leur père est constamment absent dans tous les sens du terme, je choisis de vivre une autre vie et de quitter la première. Après un divorce houleux, je commence donc à marcher sur un sentier où je n’ai pas de travail et où je découvre un autre monde, loin de celui que je connais. Je me retrouve avec mes deux enfants à élever avec une pension alimentaire, leur père ayant décidé de quitter complètement le navire.

Du RMI à l’emploi, en passant par le bénévolat et des formations successives, j’ai construit avec ténacité ce qui est là, aujourd’hui.

Ce n’est pas parce que l’on a des revenus modestes que l’on doit accepter des accompagnements gratuits qui ne riment à rien ou ne produisent rien.

 

Ces accompagnements dont j’ai été actrice, je parle notamment de l’emploi, ne m’ont menée à rien si ce n’est à me débrouiller par moi-même et à aller régulièrement faire le point pour dire où j’en étais. Je n’ai jamais bénéficié d’aucune aide pour financer une formation car j’étais toujours en-dehors des clous. Sauf lorsque j’ai vécu la période où j’ai été au RMI.

J’ai choisi de profiter de celle-ci pour accéder à ce que j’avais envie de faire. Sans attendre, je suis allée voir l’assistante sociale pour lui demander la mise en place de mon contrat d’insertion afin de passer mon niveau BAC et de faire ma formation de conseillère en insertion professionnelle. Elle a été surprise de m’entendre car elle avait rarement ce genre de demande. Et puis, ça tombait bien, elle devait assister à une prochaine réunion du Conseil Général pour soumettre certains dossiers de projets professionnels. Le mien en fit donc partie et il fut accepté.

J’ai laissé ma fille 8 mois seule où je ne rentrais que le week-end pour faire cette formation. Il était plus que temps que je mette en place ma vie de femme et que je laisse pour un temps ma vie de mère. Du moins, il fallait que ça s’équilibre.

Pour avoir traversé certaines périodes où je ne mangeais pas le soir pour que mes enfants puissent avoir un repas, tout en continuant à me former et à avancer, je sais ce qu’est la traversée du désert ou le parcours du combattant, qu’importe le terme. Je crois que j’ai toujours été une combative et même une guerrière s’il le faut. J’ai découvert cet aspect-là de moi au cours de mon chemin.

Et tant mieux sinon, je ne serais pas là, en train de vous parler comme cela aujourd’hui.

Il paraît qu’il est déconseillé de parler de soi lorsque l’on fait un métier qui touche l’accompagnement. Je n’ai jamais respecté ce conseil pour diverses raisons.

L’une d’elles, c’est que j’ai appris et je me suis formée avec des personnes qui sont restées simples et qui m’ont parlé de leurs expériences. Elles ne l’ont pas fait pour se plaindre mais pour témoigner que, malgré tout ce qu’elles avaient traversé, elles avaient réussi à être ce qu’elles avaient envie d’être. Nous avons partagé des émotions de coeur à coeur, d’âme à âme, cette forme d’échange où l’on se reconnaît et où l’on sait que l’on peut s’abandonner en toute confiance. Elles m’ont transmis ce qu’elles ont reçu. Et malgré une situation précaire, j’ai toujours eu l’argent disponible pour rencontrer ces personnes-là. Je m’en suis donnée les moyens quand je savais que je devais y aller.

 

Ce parcours du combattant m’a appris beaucoup et en particulier 5 enseignements.

 

1- le courage

celui de prendre des risques sans me poser 36 000 questions. Le courage d’écouter ma voix au milieu du brouhaha incessant que l’on peut avoir dans l’esprit et qui fait office de brouilleur d’ondes.

Le courage de quitter, de partir, sans savoir ce qui va advenir.

Le courage d’aller de l’avant et de lâcher la sécurité.

Le courage de me tromper tout comme celui de réussir.

Le courage pour ne pas avoir envie de faire marche arrière par peur de perdre je ne sais quoi.

Le courage de regarder droit devant moi, sans baisser les yeux, avec confiance.

2 – la persévérance

celle de continuer encore et encore malgré la fatigue, les doutes, les angoisses, les pourquoi et les comment.

La persévérance qui fait oublier le manque d’argent, le manque d’appui, qui permet de réaliser les objectifs petit à petit.

3 – la force

celle qui se bâtit et forge un socle sur lequel je peux me reposer. Une force qui amène de la lucidité, une clarté qui permet de regarder la réalité en face et de ne pas la contourner.

4 – la patience

Pas une patience de 10 minutes ou 1 heure mais parfois de longs mois et de longues années où l’on croit que jamais ça n’en finira.

Eh bien si, ça se finit. Et cette infinie patience permet de voir la graine germer, grandir et devenir fruit pour enfin récolter celui-ci et le déguster savoureusement.

Et puis,

La gratitude

cette joie qui emplit le coeur et le corps tout entier quand je regarde le chemin parcouru de toutes ces personnes qui l’ont éclairé de leur flamme, que ce soit celles qui m’ont accompagnée, celles que j’ai accompagnées ou tout simplement celles où nous nous sommes croisées l’espace d’un moment.

C’est avec joie que je vous accueille à bord pour faire la traversée ensemble.

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